La culture chinoise est influencée par trois courants de pensée qui furent créés à peu près aux mêmes époques. Loin de provoquer des divisions ethniques ou religieuses (à l’exception du Tibet), ils forment une sorte de synergie offrant au chinois une capacité impressionnante d’adaptation. Pierre Besanger souligne dans son livre qu’aucun chinois ne croit à l’une ou à l’autre de ces idées, au contraire il effectuera un mélange de croyances dans ces courants en y associant même quelques divinités populaires...
1. Le Bouddhisme.
Fondé aux alentours du 6ème siècle av. JC par Siddharta Guatama (originaire d’Inde), que l’on surnomme le Bouddha ce qui signifie littéralement " l’illuminé ". Son idéal est l’atteinte du Nirvana, c’est-à-dire " l’éveil ".
On peut distinguer un certain nombre d’idées-clefs qui sont au cœur de cette religion. La voie vers la libération de la souffrance enseignée par le Bouddha demande une compréhension profonde de la nature même de l’existence. Tout individu qui entreprend une quête spirituelle doit comprendre le mouvement incessant reliant causes, conditions, effets. Le Bouddhisme impose le rejet de notre attachement profond et habituel au concept du " moi " car il induit les effets d’égoïsme, d’aversion et d’ignorance. Ainsi, le Bouddha enseigne une chose entièrement nouvelle pour l’époque : " l’absence de soi ", l’acceptation de l’autre, de sa propre souffrance, le rejet du matérialisme égoïste. Une vie simple, vouée à la recherche permanente du Nirvana, la paix véritable. Une autre notion du Bouddhisme est le principe de la réincarnation qui veut que la vie terrestre soit une multitude d’étapes dans lequel un être prendra plusieurs vie au cours des temps.
L’introduction du Bouddhisme en Chine s’est faite à partir du 4ème siècle au cours de la Dynastie des Wei du nord, puis s’est propagée sur tout le territoire. Depuis l’ouverture de 1979, les Chinois ont construit de nombreux temples et reconstruisent ceux que la Révolution Culturelle avait pu en quelque sorte épargner.
2. Le Taoïsme.
Fondé par Lao Zi (Vieux Maître), d’après un livre qui lui est attribué, Dao De Jing. Le maître vivait en Chine au 6ème siècle avant JC. La légende dit que vieux et fatigué de la corruption du monde il s’isola dans les montagnes de l’ouest où il composa le Livre de la Voie et de la Vertu. Ce petit essai, probablement l’un des plus grands livres de l’humanité, fonde la religion Taoïste.
Dao signifie la Voie, De, la Vertu. Lao Zi y décrit un art de vivre naturel, simple et paisible. La sérénité ne peut être atteinte que par le retour à la source éternelle, en se vidant de tous désirs et en menant une vie paisible tel le fleuve suivant son cours. L’univers est composé de deux principes complémentaires, l’homme, le Yang et la femme, le Ying. L’harmonie résulte de l’équilibre naturel de ces qualités " actives et passives ". Ceux qui sont trop agressifs dans leurs attitudes se créent des problèmes inutiles, tandis que ceux qui demeurent trop attentifs perdent leur équilibre et échouent dans le maintien de l’ordre naturel.
" Quiconque connaît les autres est sage "
" Quiconque se connaît soi-même est illuminé "
" Quiconque conquiert les autres est fort physiquement "
" Quiconque se conquiert soi-même détient la force "
" Quiconque maintien son équilibre perdure "
" Quiconque meurt mais continue à exercer un pouvoir spirituel, a la vie éternelle "
Dans la vie publique, Lao Zi recommande de suivre cette voie transcendantale. " L’homme violent mourra violemment " fonde ses préceptes. En effet, selon lui, un bon chef ne doit pas être violent, un bon soldat ne doit pas être haineux, un bon vainqueur ne doit pas être rancunier. C’est la voie céleste pour traiter avec les autres. La bonté amène le courage et la victoire, la frugalité, l’abondance et la générosité, et l’humilité, le charisme naturel.
La mort est aussi interprétée par Lao Zi comme la continuité de la vie, ainsi celui qui sait comment préserver la vie, ne sera jamais atteint par l’animal sauvage ni même affaibli par le combat, car pour lui la mort est inconnue.
3. Le confucianisme.
" Le confucianisme peut-être considéré comme une civilisation, mais pas une religion "
G.K. Chesterton
Comme les deux précédents courants moraux, le confucianisme prend sa source au milieu du 6ème siècle avant JC. Kong Fu Zi (Confucius) vécut pendant une période trouble de l’Empire du Milieu. La déchéance morale du royaume, la criminalité et les meurtres étaient devenus insupportables. Les gouvernements étaient en permanence corrompus et la confiance que le peuple leur accordait, diminuait de plus en plus. Confucius, était le descendant d’une famille de nobles ayant perdu toute leur fortune. Son goût d’apprendre le fit devenir professeur et parallèlement il acquit la réputation d’être une personne juste, polie et besogneuse.
Les préceptes de Confucius, s’harmonisent parfaitement avec ceux de Lao Zi. Tandis que l’approche de Lao Zi reste mystique, celle de Confucius relève plus de l’éthique, voire d’une philosophie sociale. En fait, il fut le premier professeur véritablement connu de la Chine antique, et il servait parfois en tant que conseiller auprès des différents princes du pays. Au travers de son influence, il devint possible aux hommes de grandir socialement par le seul fait de l’éducation et le développement de ses propres facultés. Confucius était devenu un exemple de réussite sociale : parti de rien il est allé conseiller les plus grands.
Confucius enseigne qu’un chef doit avoir une attitude exemplaire avant de vouloir que les personnes qu’il dirige adoptent elles aussi une attitude exemplaire. Le gouvernant est pour lui comme un père de famille dont la première obligation est d’aimer ses enfants. En contrepartie les administrés doivent avoir à l’égard de leur gouvernant un profond respect et une grande loyauté. L’essence même de Confucius c’est l’humanisme. La bonté est l’action qui consiste à aimer les autres, et la sagesse est fondée sur la capacité à comprendre les autres.
Confucius enseigne que le but de toute nation est une société bien ordonnée. Cette société idéale est fondée sur l’obéissance et les relations respectueuses au sein de la famille et en société.
1. Le cartésianisme occidental face à l’approche chinoise.
La société chinoise est une communauté globale. Contrairement à nos sociétés occidentales, dans lesquelles l’individu fait partie d’une communauté, et pour lesquelles la somme des intérêts particuliers conduit nécessairement à l’intérêt collectif, la société chinoise est unique, elle est un tout et chacune de ses composantes n’est qu’un maillon de la chaîne. L’individu est une notion avant tout chrétienne. En effet, lorsque le Christ transmet son message aux hommes il leur offre deux notions. La première est que chacun de nous est en droit d’accéder plus tard à une vie céleste, le royaume des cieux, ce qui peut finalement laisser le croyant accepter sa misère (les premiers servis sur terre seront les derniers au Paradis). La seconde consiste à dire que chacun d’entre nous détient une parcelle divine et que chaque individu est unique. Cette attitude à l’égard des hommes et de la mort, nous conduit 16 siècles plus tard au cartésianisme. Le cartésianisme, est une notion purement occidentale qui consiste à privilégier l’analyse de chaque partie des choses en ce sens qu’elles sont uniques. Par la raison, la recherche de la vérité et la remise en question permanente, l’homme tend vers un être pleinement responsable, autonome, une unité.
2. La prééminence du groupe, le rôle central de la famille.
La culture chinoise comme nous l’avons vu plus haut, est fondée sur les valeurs familiales et l’intégrité de la communauté. L’individu n’existe pas en tant que tel mais parce qu’il est partie prenante d’une communauté. Son approche n’est jamais individualiste comme en occident mais privilégie toujours le bien-être du groupe. Si l’un des membres de la famille faillit à sa tâche consistant au maintien de l’ordre moral, il ne sera pas le seul à être puni mais sa famille aussi en sera tenue pour responsable. Quand l’Armée Populaire de Libération décide de l’exécution d’un homme, la balle qui servira à abattre le condamné devra être payée par sa famille. Quand l’un des membres d’une famille commet une faute c’est toute la famille qui vit sous le regard réprobateur de la communauté. Ainsi ce qui est bon pour la communauté, la famille, la société, l’est forcément pour l’individu. Nous sommes en fait dans une situation complètement inversée par rapport au schéma occidental où l’individu finalement fait triompher sa liberté au sein d’une communauté (La liberté des uns commence là où s’arrête celles des autres).
3. Exemple.
L’approche globale et instinctive des communautés asiatiques peut aussi se retrouver dans l’attitude des gouvernements à l’égard des grands projets politiques. En Europe aucun projet (y compris l’édification de l’Union Européenne) n’a une optique d’aboutissement supérieure à une durée de vie humaine. Les Chinois travaillent avec le temps, ce qu’ils font aujourd’hui, ils ne l’auront peut-être pas fini demain et même peut-être n’en verront-ils jamais le jour. Deng Xiao Ping avait décidé d’ouvrir les portes de son pays pour créer l’économie socialiste de marché. Parallèlement, Pékin travaille depuis plusieurs années à la réunification de la mère patrie avec Taiwan, la province renégate. Or, l’accomplissement de ces deux projets politiques ne se fera pas, sauf si aucun mouvement brutal ne se profile, avant la moitié du XIXème siècle d’après les observateurs comme Alain Peyrefitte ou Lee Kuan Yew. Pourrait-on imaginer en Europe, un président sacrifiant ses désirs immédiats au profit des générations futures ?
C. La perception de l’étranger par les Chinois.
" Les barbares ont détruit les plus beaux monuments de Pékin. Peut-on leur faire confiance ? "
Jiang Zemin
1. Un monde à part.
Comme nous l’avons vu Zhong Guo signifie l’Empire du Milieu. Depuis l'origine, la Chine s'est crue, non seulement au centre du monde, mais le véritable centre du monde. Cette vision s'appuyait sur la conscience de sa supériorité intellectuelle par rapport à ses voisins de l'époque, qui reposait aussi sur une puissance démographique sans aucune comparaison avec les autres pays d'Asie et d'ailleurs. La Chine est un monde à elle toute seule, difficile d'accès, car cernée de mers, de déserts et de montagnes. Elle était la Nation civilisée par excellence, entourée par des Etats tributaires qu'il fallait civiliser (c'est-à-dire siniser) et qui, en retour, devaient rendre hommage et payer tribut à l'Empire. Toutes les populations autres que Han (terme qui désigne l'ethnie chinoise dominante) étaient considérées comme " barbares ", non pas à cause de la différence de langue (comme pour les Grecs dont le mot bara-bara signifie celui qui " baragouine ") mais à cause de leur ignorance des usages de la Chine, de sa culture, et par certains traits de caractère comme le manque de retenue, leur méconnaissance des rites et parfois même leur avidité.
2. La Chine et les " barbares " .
Pourtant accueillante par principe, la Chine est devenue plus soupçonneuse à l'égard des étrangers après le XIIème siècle, à la suite des occupations partielles ou totales de son territoire par d'anciens nomades de la steppe. Est née ainsi une forme de nationalisme chinois dont l'un des premiers théoriciens fut Wang Fuzhi au XVIIème siècle. Pour lui, tout contribue dans les différentes cultures à faire des hommes ce qu'ils sont, le milieu physique, les occupations dominantes, la nourriture, les vêtements, les attitudes et les usages du corps.
Jusqu'à la moitié du XIXe siècle, la Chine réussit pourtant sans problème à absorber le choc des invasions, obligeant même les " barbares " à se transformer, en les forçant à utiliser leur système politique, culturel ou moral pour installer leur pouvoir dans la durée. Ce fut le cas pour les Mongols et les Mandchous, dont les représentants formèrent la dynastie Qing (1644-1911), dernière dynastie régnante chinoise. Les Occidentaux n'auraient pas dû déroger à cette tradition et les Chinois n'ont compris que progressivement que le défi occidental était d'une tout autre nature. Mongols et Mandchous s'étaient imposés par la supériorité de leur stratégie militaire, mais la victoire occidentale n'était pas seulement la victoire d'une armée : c'était celle de la civilisation industrielle, dont les canonnières étaient un avant-goût. Alors que, jusque-là, les barbares avaient été obligés d'adopter le système politique et social constitué par la civilisation chinoise, cette fois-ci, ce furent les envahisseurs qui apportaient de nouvelles techniques supérieures à celles de la Chine, ainsi qu'un rapport au monde fondamentalement différent. De là, deux solutions possibles : le mépris ou l'adaptation.
Les lettrés confucéens, convaincus de la supériorité de leur culture, ont tout essayé pour la préserver et ont donc préféré mépriser ces nouveaux intrus. Ils ont analysé le défi occidental en terme uniquement de nouvelles techniques, le réduisant aux défis posés par les barbares qui les avaient précédés. Ce qu'il fallait faire, avant tout, c'était adopter les nouvelles techniques apportées par l'Occident, surtout dans le domaine militaire pour pouvoir ensuite, se protéger d'eux. En fait, la Chine s'est refusée à transformer son mépris de l'étranger en force constructive, comme le faisaient au même moment (et avec succès) le Japon et son Empereur Meiji (1868). La responsabilité en incombe principalement à l'Impératrice Ci Xi (Tseu Hi) qui a voulu appliquer la sentence " les apports occidentaux comme moyens techniques, l'apport chinois comme fondement moral ", mais sans aller jusqu'au bout de cette logique. C'est-à-dire qu'il fallait à tout prix préserver l'âme chinoise comme essence et utiliser le savoir occidental, en apprendre les méthodes pour renforcer le système politico-culturel chinois. Cette stratégie avait le soutien de la majorité de la caste dirigeante car cette dernière refusait de voir les temps changer, sûre qu’elle était de son bon droit et de la pérennité du confucianisme. Ainsi le maintien, par l'Etat, des principaux fondements de la culture ne pouvait que bénéficier de son assentiment. Les opposants à cette politique pensaient, au contraire, qu'il ne pourrait y avoir de révolution industrielle sans adopter les valeurs et la philosophie occidentales.
En fait, la célèbre sentence ne fut jamais vraiment respectée car les dirigeants chinois n'ont pas su ou n'ont pas voulu adapter une culture qui leur semblait " pure ". Or, il est très difficile d'intégrer des valeurs étrangères sans influencer un minimum les us et coutumes d'un pays. Seul le Japon fut capable de bien gérer cette intégration de concepts étrangers sans " pervertir " sa civilisation. On se rend compte, ainsi, que le problème est toujours présent : faut-il défendre l'âme chinoise représentée par le système politico-culturel existant en adoptant les technologies les plus avancées pour aboutir à l'objectif " d'un Etat riche et d'une armée forte " (objectif formulé alors par le gouvernement) ou, au contraire, accepter de bouleverser sa culture et ses valeurs et adopter celles des autres pour atteindre le même but '? Cette problématique est d'ailleurs valable pour de nombreux pays autres que la Chine.
3. Attitudes caractérisées de la Chine face à ses voisins.
Pour des raisons historiques la Chine entend jouer un rôle hégémonique en Asie. Son attitude à l’égard de ses voisins est ce que l’on pourrait qualifier de méprisante car elle ramène toujours les Han à leur ethnocentrisme.
Les Russes ont eu beaucoup de difficultés à conquérir la Sibérie jusqu’aux frontières du fleuve Amour (Helongjiang) au XVIIème siècle et les Chinois se sont courageusement battus face à l’expansionnisme de l’ours russe. Depuis 92 ils ont récupéré un territoire, la Primorie, longtemps disputé et qui permet à la Chine d’accéder à la mer du Japon afin d’y créer une sorte de plaque tournante du commerce entre la Chine, le Japon, la Russie et la Corée du Nord. Longtemps maîtrisé par son cousin soviétique, Zhongguo est en train de prendre sa revanche tant stratégiquement qu’économiquement puisque nombre de villes frontalières sont aujourd’hui envahies par les Hans afin d’établir des commerces et diverses affaires.
La Birmanie a toujours était considérée comme un vassal par les Chinois. Pékin est d’ailleurs en train d’y retrouver une place stratégique importante avec l’acquisition d’une base navale au Myanmar qui lui permettra l’accession par ses navires du Golfe du Bengale.
Le Viet-Nam est, lui, surnommé les orteils de la Chine. La Chine y envoya des troupes dès le Xème siècle afin de le punir de son arrogance vis à vis de Zhongguo, et même s’il est " indépendant " depuis 1427, Pékin entend bien se faire respecter. Ainsi, en 1978, quand le Viet-Nam envahit le Cambodge, Deng Xiao Ping décida d’aller " donner une leçon " à son vassal.
L’Inde quant à elle, est l’ennemi de toujours, enfin depuis, l’occupation d’une route reliant le Tibet et le Xinjiang en 1962. La guerre s’arrêta aussi rapidement qu’elle avait commencé dès que les Chinois eurent récupérer les plateaux de l’Aksaï Chin. Depuis, Pékin et Delhi nourrissent un sentiment d’animosité, amplifié par leur impression d’appartenir à des civilisations millénaires. Enfin, la dotation par chacun d’un arsenal nucléaire n’est pas non plus pour les réconcilier.
4. Un passé à effacer.
La Chine, enfin, a très mal supporté le mépris des Occidentaux. Mépris que ces derniers n'ont pas cherché à cacher, tellement surpris qu'une si vieille civilisation, une puissance redoutable et arrogante, puisse s'écrouler tel un château de cartes face à quelques canonnières. La Chine fut d'autant plus humiliée que ses portes furent forcées pour mettre en place le plus grand trafic de drogue de l'histoire, sous couvert de la couronne britannique. C'est l'époque des guerres de l'Opium et des Traités " inégaux " signés en 1842, 1860 et 1898 où la Chine se voit obligée d'ouvrir des concessions aux étrangers dans les villes côtières. Des villes entières échappent alors à son contrôle et elle cherchera par tous les moyens à retrouver sa souveraineté.
II ne faut pas sous-estimer l'ampleur de la rancune chinoise envers l’Occident, suite à cette période peu glorieuse de son histoire. La Chine a " perdu la face " et n'aura de cesse de retrouver son puissant passé, rêvant du jour où elle dominera de nouveau tous ses adversaires. Sun Yat Sen, Mao Zedong, Deng Xiaoping ont joué, l'un après l'autre, de cette corde sensible. Ils ont, chacun, insisté sur les heures illustres du passé, le réinterprétant souvent en fonction des besoins du jour. Les Chinois sont, depuis des millénaires, passés maîtres dans l'art de la réécriture de leur histoire, gommant ou modifiant les passages qui ne s'adaptaient plus au contexte politique du moment, au point que l'on a pu dire qu’en Chine, il était presque aussi délicat de prédire l'avenir que le passé.
Pour conclure, Hong-Kong retournera au sein de la mère Patrie le 30 Juin 1997 et Macao en 1999. A la veille du XXIème siècle, à l’aube du renouveau de l’Empire Céleste, il convient de laver les affronts des traités inégaux du XIXème siècle.
Deng Xiao Ping
1. Le gouvernement chinois.
a. Idéologie.
L’idéologie politique chinoise est un mélange de Marx, de Lénine et des pensées de Mao. Dirigée par le parti communiste Chinois, la République Populaire de Chine est un Etat socialiste gouverné par les classes laborieuses. Le " peuple " chinois fait entendre ses droits au travers d’un ensemble varié de congrès populaires à différents niveaux. Chaque village, chaque district est représenté au cours de différents meetings. Les membres du congrès sont élus par le " peuple " et proviennent de différentes origines (minorités, organisations gouvernementales, religieux...) Le plus grand échelon du congrès populaire est le Congrès National du Peuple. Des centaines de représentants ou de députés, se rencontrent chaque année dans le Grand Hall du Peuple à Pékin pour y voter des décisions affectant l’avenir du pays.
b. Hiérarchie
Le Président et le Vice-président.
Le président est le représentant de la république populaire de Chine, le vice-président siège à sa place s’il est dans l’impossibilité de remplir ses fonctions.
Le Congrès National du Peuple.
C’est la plus haute organisation du pouvoir d’Etat chinois. Il a le pouvoir d’amender la constitution et de promulguer les lois. Il élit le président, le vice-président, le président de la Commission Militaire et le président de la Cour Suprême Populaire. Parallèlement, il approuve les nominations de ministres et les membres du conseil d’Etat. Enfin, il est composé de députés élus provenant des provinces, des régions autonomes et des municipalités.
Le Conseil d’Etat.
Il représente la haute autorité de l’administration d’Etat. Il renforce les lois et les décisions du Congrès National Populaire et a le pouvoir de mettre en place des mesures administratives ainsi que des règlements. Il est composé par tous les vice premiers ministres (Zhu Rongji, Qian Qichen...), les ministres, les conseillers d’Etat.
La Commission Centrale Militaire.
C’est l’organe suprême de l’Armée Populaire de Libération qui amena Mao à la tête de l’Etat chinois après la Longue Marche. Elle dirige les forces armées ainsi que les milices locales. Son rôle demeure important car elle possède une certaine indépendance vis à vis du pouvoir central.
c. Divisions administratives.
Sous la houlette du gouvernement central, la Chine est divisée en 23 provinces, 5 régions autonomes et 4 municipalités. Chacune est divisée en villes, en comtés et en villages. Le niveau administratif le plus bas est le comité résidentiel dont la charge est de transmettre des rapports au gouvernement provincial. Il s’occupe des affaires publiques et surveille l’application des directives gouvernementales.
2. Conflits sociaux dans la Chine des réformes.
Si vous avez l’occasion de visiter la Chine vous pourrez très facilement découvrir la fracture économique qui sépare les grandes métropoles de la côte (Shanghai, Canton, Pékin) de l’intérieur du pays. La Chine connaît certes un développement économique mais il demeure à deux vitesses, et présente certaines fragilités tant au niveau politique que social. En effet, comme le souligne Jean-Louis Rocca, de l’Université Catholique de Lyon, la carte de la prospérité chinoise reflète les potentiels de valeurs des régions chinoises. Les zones du développement chinois sont celles qui ont un avantage quelconque à valoriser (matière première, main-d’oeuvre qualifiée, environnement favorable, une position stratégique par rapport à un centre urbain ou à des voies de communications.), ou encore qui ont la chance de posséder une diaspora disposée à investir dans la mère patrie. D’un autre côté les régions les plus pauvres restent celles qui ne possèdent aucun atout stratégique. Situées au centre du pays et à l’ouest, elles ne disposent d’aucun moyen valorisable pouvant les amener à rentrer sur le jeu de l’économie de marché. Afin d’éviter de se retrancher trop rapidement sur l’opposition zones côtières / zones de l’intérieures, il semblerait plus pertinent de se focaliser sur le binôme ville / campagne qui reste plus exact. La décollectivisation des terres a mis au chômage 130 millions de paysans qui s’agglutinent dans les gares des grandes agglomérations à la recherche d’un emploi souvent journalier (quand ils en trouvent un).
Jean-Louis Rocca souligne la persistance de conflits sociaux à quatre niveaux.
Le premier est la rivalité qui oppose l’autorité centrale avec l’autorité locale. L’introduction de notions capitalistes au sein de l’économie chinoise a conduit les chefs locaux à se " libérer " à l’égard de leurs tutelles respectives, ce qui dans une économie planifiée, qui reste encore très lourde et sclérosée, entraîne la multiplication des conflits entre Pékin et les provinces, les capitales des provinces et leurs districts... Ainsi la Province du Guangdong, enrichie par l’essor considérable de la Chine du Sud a refusé en 1994 de payer les impôts qui lui étaient demandés par Pékin. Ce refus est considéré en Chine comme une trahison et passible de la loi martiale. Néanmoins, Pékin a dépêché un émissaire qui acceptant les revendications de Canton lui octroya une diminution de leur assiette.
La seconde oppose les cadres locaux aux paysans et aux minorités. L’accroissement des richesses de certains cadres et la pauvreté grandissante du milieu rural entraîne des conflits qui, loin d’être maîtrisés par le gouvernement central apparaissent de plus en plus fréquemment. (manifestations, pillages, attaques de fonctionnaires). Les conflits entre les paysans et les fonctionnaires locaux s’amplifient du fait de la dégradation des conditions matérielles des agriculteurs. Parallèlement, les revendications des minorités (Musulmans du Xinjiang) longtemps maîtrisées par l’armée, tournent aujourd’hui au terrorisme d’Etat et s’intensifient non seulement dans le Xinjiang mais jusque dans la Capitale (plusieurs attentats ont été commis à Pékin depuis le début de l’année 1997).
Le troisième foyer de conflit trouve place entre l’Etat et les ouvriers. La crise financière du gouvernement et surtout des entreprises d’Etat qui emploient encore 100 millions de chinois mais sont pour près des deux tiers lourdement déficitaires, entraîne la Chine dans un mouvement de vastes réformes. Le secteur public va devoir bien sûr, subir une cure d’amaigrissement, réduire les avantages sociaux qu’il offre au ouvriers, augmenter les loyers, fermer certaines usines, supprimer les différentes primes... Les ouvriers chinois expriment ainsi leur ressentiment à l’égard de ses réformes par la multiplication des mouvements sociaux (manifestations, grèves...).
Dernier conflit, celui qui oppose entreprenariat privé et bureaucratie locale. Les cadres locaux cherchant à ne pas perdre de leur pouvoir multiplient les excès d’autorité, par la mise en place d’une paperasserie et d’un contrôle insupportables. J’ai pu assister à la création d’une entreprise étrangère dans une ZES et j’ai entrevu durant trois mois les affres de la bureaucratie chinoise (multitudes de tampons, d’autorisations, de règlements, de formulaires sont nécessaires afin de pouvoir mener à terme une entreprise).
Certains observateurs, comme Marie-Claire Bergère, souligne que le capitalisme chinois présente les mêmes caractéristiques qu’au début du siècle. A ses yeux, " quatre traits essentiels caractérisent l’ancien capitalisme chinois " et par là-même celui d’aujourd’hui:
1 La proximité liant le pouvoir et l’économie.(entreprises d’Etat, service public lourd et centralisé...)
2 La présence étrangère qui concurrence, et détruit les entreprises locales mais sert en même temps de modèle.
3 L’existence de zones privilégiées pour les étrangers (Shanghai, Canton, Qingdao, Dalian...)
4 L’importance de la diaspora qui dès le siècle dernier entretenait des liens avec la mère patrie.
3. Quelles perspectives pour l’après Deng?
Pour Jean Luc Domenach, la situation chinoise reste instable, contrairement à l’avis de nombreux occidentaux, optimistes quant à l’avenir de la Chine.
Le constat de la Chine de Deng ce sont les résultats économiques. Le pays est en train de sortir de son sous-développement, une partie des Chinois a vu son niveau de vie multiplier par 5 voire 10 en l’espace d’une quinzaine d’années et dans ce même mouvement la Chine a retrouvé une partie de son ancienne puissance. Si les Chinois sont rationnels, ils continueront sur la voie du Petit Timonier et amèneront le pays dans le XXIème siècle.
Jean-Luc Domenach considère que nous négligeons d’autres facteurs d’inquiétudes.
Le premier est la succession de Deng. Tous les changements de gouvernements, ont donné lieu à des guerres de succession en Chine, pourquoi en serait-il autrement en 1997. Il existe en effet de dures rivalités au sein même de l’Etat chinois entre les Dengistes réformateurs voire même les libéraux, et les communistes purs et durs, conservateurs, pour lesquels l’idéal marxiste a été oublié au cours des réformes.
En second lieu, la situation du pays est pour le moins explosive, révolutionnaire. L’argent devenu maître du jeu social chinois a amené des conflits au sein de toutes les classes. L’abandon de certaines valeurs traditionnelles, la disparition de la discipline révolutionnaire, et de toute unité, au profit de la réussite économique est un facteur de conflit.
Enfin, la question que se pose la Chine du XXIème siècle est la suivante : quelle réponse devra-t-elle donner au défi que lui a lancé l’occident au siècle dernier ? Un impérialisme, économique, politique ou militaire ? On notera par ailleurs que la Chine est devenue une inquiétude pour tous ses voisins, et que l’Asie est la seule zone qui accroît ses dépenses militaires depuis 1990, tandis que tous les pays occidentaux viennent de s’adapter à l’après-guerre froide.
La Chine est aujourd’hui dans une période d’interrogation. Les tensions sociales, les déséquilibres ville-campagne, côtes-intérieur, ainsi que le vide idéologique (mélange du marxisme et du capitalisme) la plongent dans un profond trouble. Face à ses interrogations la Chine pourrait être malheureusement tentée par la " béquille " du nationalisme, qu’avait expérimentée l’Europe en son temps et dans des conditions similaires. En effet, il est devenu de moins en moins rare d’entendre des allocutions à caractère nationaliste, comme ont pu le démontré ces derniers temps les crises du détroit de Taiwan, les problèmes liés aux Iles Senkoku (Daoyu) ou en encore le succès du livre La Chine qui dit non.
Si je crois que la succesion de Deng est un facteur de dangers au même titre que Jean-Luc Domenach, je ne pense pas cependant que les Chinois coureront le risque de tout perdre. En retournant vers le communisme, tournés vers eux-même, les chinois ne pourront, ni continuer le développement du pays (qui est aujourdhui incontestable), ni retrouver la grandeur auquelle ils aspirent. Au contraire, s’ils décidaient d’aller précipitamment vers une démocratie à l’occidentale, les Chinois, dont le développement reste encore très inégalitaire pourraient entraîner malencontreusement la dislocation de l’Etat et du pays. Ni l’une, ni l’autre de ses deux perspectives ne pourraient convenir à un Han (plus de 90% de la population), je parie donc sur la voie de la réforme et la continuité dans la politique de Deng.
" L’Empereur considéré comme le père commun de son peuple est investi sur lui de la même autorité que le père de famille sur sa maison "
John Barrow
1. De l’indigence à l’opulence.
Singapour, située au sud de la Malaisie, est une cité-Etat de 3 millions d’habitants. Le PNB par habitant vient de dépasser celui de la France en janvier 1996, les réserves en or sont estimées à 50 milliards de dollars, le taux de croissance annuel est supérieur à 5% et avoisine parfois les 10%. La cité est considérée au yeux de tous, Occidentaux et Asiatiques comme un exemple. En effet, quand la cité obtint son indépendance en 1959, plus de 70 % de la population vivait dans des bidonvilles insalubres. Aujourd’hui, chacun y mange à sa faim, et les trois quarts de la population sont propriétaires de leur logement.
Singapour doit sa réussite à la clairvoyance de ses dirigeants. Au milieu des années 1960, alors qu’elle était plongée dans la pauvreté, l’île-Etat à décidé d’accueillir les multinationales sur son territoire en leur accordant des avantages fiscaux. Lee Kuan Yew restait persuadé que les investissements étrangers pouvaient participer au développement économique. Je disais que Lee Kuan Yew était clairvoyant car en 1965, la firme multinationale était considérée non pas comme un facteur de développement mais comme un colonialisme moderne dont l’objet ne visait que l’exploitation d’un peuple sous-développé. Pendant 20 ans jusqu’en 1990, Singapour a été en tête du classement des pays du " Tiers Monde " bénéficiaires d’investissements directs étrangers (plus que le Brésil ou même le Mexique...)
2. Les leçons du vieux sage.
Devant la réussite de cet Etat gouverné sans interruption par le même parti depuis 38 ans, mais aussi par le même homme, le Senior Minister Lee Kuan Yew jusqu’en 1990, le monde a tenté de s’interroger sur les facteurs ayant favorisé ce succès. Le miracle de Singapour guidé par le vieux sage de l’Asie, Lee Kuan Yew, est tel, que nombre de pays asiatiques tentent de le copier et demandent conseil au Senior Minister.
Ainsi dans une interview accordée à Alain Peyrefitte fin 1995, Lee Kuan Yew décrit le miracle de son Etat par l’adoption des règles de vie confucéenne. Selon lui, " l’essence d’une éthique confucéenne, c’est qu’une société s’améliore si l’individu s’améliore ", l’ordre, la piété familiale, la frugalité de l’Etat ainsi que celle de la population, le respect des anciens sont les valeurs confucéennes qui alliées à l’utilisation des techniques modernes (occidentales) ont permis à Singapour de réussir.
Dans une autre interview accordé en 1994 à Channel 8, nous retrouvons encore les principes fondateurs de l’autorité d’un père à l’égard de son fils. " Quand on dirige un pays, il faut donner l’exemple, sinon, les gens ne vous respectent pas. Si vous ne faites pas ce que vous dites, les gens vous résistent. Un ministre dont le comportement est discutable ne peut pas montrer l’exemple au peuple. Les gens ne lui obéiront pas "
Lee Kuan Yew, est aujourd’hui conseiller officiel et officieux de plusieurs gouvernements, et la Chine, stupéfaite de la réussite de l’île-Etat est en train d’adopter exactement le même processus de développement. Aux côtés des valeurs confucéennes traditionnelles qu’elle n’avait finalement jamais abandonnées (même si Mao Zi Dong tenta de " casser " la cellule familiale), elle continue de conserver un régime fort en le modernisant petit à petit (organisation d’élections locales, autonomie grandissante des régions...), et depuis 1979 invite l’occident à investir massivement afin d’améliorer son développement.